Blanche à bandes oranges, jaune, ou parfois verte... L'araignée-crabe Misumena vatia ne correspond pas au cliché de la sombre tisseuse qui alimente les phobies de bon nombre d'entre nous. Plus étonnant encore : elle est capable de changer de couleur !
Une araignée qui tient du caméléon
Elle attend patiemment, postée sur le bord d'une fleur... Attiré par le nectar, un syrphe commet l'imprudence de se poser à proximité. Une fraction de seconde plus tard, il agonise entre les pattes de Misumena vatia, paralysé par le venin que l'araignée lui a injecté au moyen de ses chélicères (ses "crocs"). Le repas peut commencer.
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Décrite pour la première fois en 1757, Misumena vatia appartient à la famille des Thomisidae, ou araignées-crabes. Un surnom dû à ses deux paires de pattes antérieures proéminentes, ainsi qu'à sa façon de se déplacer, qui rappellent le crustacé marin. Toutefois, ce n'est pas son allure qui intrigue les biologistes depuis plus d'un siècle, mais ses capacités de mimétisme. En effet, la femelle de Misumena vatia est capable de changer de couleur, passant du blanc au jaune, ou, plus rarement, au vert pâle. Une propriété due à une classe particulière de pigments : les pigments ommochromes.
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Très répandus chez les insectes, dont ils colorent les yeux et la carapace (appelée aussi cuticule), ces pigments jouent des rôles variés, protégeant notamment leurs yeux des rayonnement ultraviolets. Chez Misumena vatia, ils sont responsables des formes colorés de la femelle, la forme blanche traduisant en fait une absence de pigment : la cuticule, transparente, laisse apparaître les tissus colorés en blanc situés en dessous. Lorsque l'araignée change de couleur, ce qui lui prend plusieurs jours, son épiderme se charge en pigments ommochromes et masque les tissus sous-jacents.
Les raisons de ce changement de couleur sont variées. On sait que l'alimentation joue un rôle. Misumena vatia récupère en effet une partie des pigments ommochromes de ses proies. Son environnement influe également sur sa couleur : sur une fleur jaune, il y a de fortes chances pour qu'une araignée blanche devienne jaune. Mais ce n'est toutefois pas systématiquement le cas, ce qui a amené les biologistes se poser une question : et si le camouflage de Misumena vatia ne lui servait pas à se cacher ?
Un camouflage accidentel ?
Depuis 1891, date des premières études sur cette araignée, plusieurs hypothèses ont été émises pour expliquer l'intérêt de la coloration de Misumena vatia. La plus communément admise est aussi la plus évidente : ce camouflage lui permettrait de ne pas être détectée par ses proies, et donc d'en capturer davantage. Une supposition logique, qui vient malheureusement d'être ébranlée par les résultats des travaux de chercheurs allemands. En utilisant un système de vidéosurveillance composé de 10 caméras, ils ont filmé durant tout un été des fleurs de différentes couleurs. Sur certaines d'entre elles, des araignées-crabes se tenaient en embuscade, soit en tenue de camouflage, soit bien visibles. Les biologistes ont ainsi enregistré plus de 8000 visites d'insectes et assisté à 78 captures. Avec une conclusion surprenante : il semble que les araignées camouflées ne capturent pas plus de proies que leurs congénères bien visibles.
Alors à quoi peut bien servir cette débauche d'énergie ? À se protéger des prédateurs, peut-être. Car la chasseuse est également chassée, notamment par des guêpes fouisseuses (Sphecidae, Pompilidae...) qui n'ont qu'une envie : la paralyser pour la donner toute vivante en pâture à leurs larves affamées. En adoptant la même couleur que les fleurs sur lesquelles elle se tient lorsqu'elle chasse, Misumena vatia serait capable de se soustraire à cette vorace attention. Toutefois, peu d'informations permettent d'accréditer cette hypothèse, qui devra faire l'objet de recherches plus approfondies.
Dernière explication, probablement la plus surprenante : les pigments de Misumena vatia lui serviraient de crème solaire ! En effet, sa stratégie de chasse, basée sur l'attente au sommet des fleurs, oblige l'araignée-crabe à endurer de longues périodes d'exposition en plein soleil. Or sa cuticule transparente laisse passer les rayons ultraviolets, très nocifs. Les pigments ommochromes permettraient donc de limiter les dommages causés par les UV. Un rôle que ces pigments jouent d'ailleurs dans les yeux des insectes, qu'ils protègent des rayonnements trop intenses. Au final, le camouflage ne serait qu'une conséquence fortuite d'un impératif plus important: se protéger contre les dangereuses radiations solaires...



